Etat 2020 des Banques : Fuyez !

Cher lecteur,

On avait laissé nos grandes banques en difficulté après 2008. Certaines étaient mourantes, et n’auraient pas survécu sans le sauvetage d’Etat (payé par nos impôts).

Où en sont-elles aujourd’hui, après la plus longue période de croissance de l’histoire moderne et le Corona-krach ?

Je vous préviens d’entrée : elles sont exsangues.

Alors y-a-t-il des risques pour nos comptes en banque français ?

Car ces dernières années, les banques françaises ont passé leur temps à augmenter les frais de leurs clients, spéculer plus que jamais, et profiter du soutien inconditionnel de la Banque Centrale Européenne.


Des prises de risques disproportionnées

Les accords de “Bâle III”, associées aux discussions de “Bâle IV” et réactions du G20 après la crise de 2008 ont permis de limiter certains risques importants pour les banques.

Il y a néanmoins un chiffre qui s’est envolé et qui fait peur, c’est l’effet de levier.

L’effet de levier, c’est l’indicateur qui indique les montants que les banques ont prêté et sur lesquels elles sont “exposées” sur les marchés. Ceci comparé aux fonds propres qu’elles détiennent. [1]

En bref, c’est une vision globale du niveau de risque qu’elles ont pris.

Aux Etats-Unis, l’effet de levier des 4 plus grandes banques est d’environ 11 dollars exposés pour 1 détenu, soit un ratio de 9%.

Retenez bien ce chiffre de 9%. Plus ce ratio est bas, plus la banque est en risque en cas de gros pépin extérieur.

C’est un repère financier a pris son essor depuis 2008, quand les américains ont remis sévèrement les pendules à l’heure…

Juste avant sa faillite en 2008, Lehman Brothers était à un effet levier de 3,1%.

Rappelons-nous ce que quelques défauts de paiements immobiliers au fin fond des Etats-Unis ont déclenché pour Lehman Brothers, qui était exposée à 3,1% :

Le 15 septembre 2008, la banque Lehman Brothers, acculée par l’explosion de la bulle des subprimes un an plus tôt, se déclare en faillite avec 613 milliards de dollars d’engagements. La tempête soulevée par la chute de ce pilier de Wall Street fait l’effet d’un cataclysme: la défiance se propage à toute l’industrie et précipite d’autres fleurons dans la tourmente. Les bourses s’effondrent, le marché du crédit se contracte violemment, l’économie réelle est asphyxiée. La contagion s’étendra par la suite à la zone euro, dont plusieurs membres vacillent sous le poids de la dette publique. Le choc se fait ressentir à l’échelle planétaire. «Les mois de septembre et d’octobre 2008 ont été marqués par la pire crise financière de l’histoire mondiale, y compris la Grande Dépression [de 1929]», dira même Ben Bernanke, alors à la tête de la Fed.[2]

Il a suffi de 3,1% de faillites et d’un événement pas si énorme pour que la banque fasse défaut.

Les rares personnes qui avaient vu la crise de 2008 arriver avaient précisément fait le lien entre ces 3,1%, et le taux de faillites qu’ils observaient sur certains types de prêts immobiliers.

Aux Etats-Unis les banques sont à 9%. Mais en France, les grandes banques étaient déjà sous les 5% il y a un an.

La BNP ? 4,4%

Société Générale ? 4,0%

Si certains comme moi ont la joie d’avoir des comptes à La Banque Postale, c’est 3,4% !!

Les banques françaises sont proches du précipice.

Ou peut-être y sont-elles déjà… 4% de faillites sont un événement tout-à-fait probable en ces temps troublés.

Désormais en France, le moindre enchaînement de défauts, que ce soit sur l’immobilier ou n’importe quoi d’autre, et nos plus grandes banques s’effondrent.

Pourtant, il y a une grosse différence entre les banques américaines et les banques françaises.

La taille des banques françaises est totalement disproportionnée

Rien que les 4 plus grandes banques BNP Paribas, BPCE-Natixis, Crédit Agricole et Société Générale représentent 3 fois le PIB de la France ![3]

Notre système bancaire est incroyablement concentré entre quelques acteurs gigantesques.

Pour continuer sur ce qui s’est passé en 2008, rappelez-vous comment les Etats-Unis se sont retrouvés en récession après la fermeture d’une seule banque. Et bien aux Etats-Unis, les 4 plus grandes banques représentent seulement 0,4 fois le PIB.

Une faillite aurait donc 7 fois plus d’ampleur en France qu’aux Etats-Unis.

Ca change tout. 

Le risque systémique en France est énorme, disproportionné. Le sort d’une seule grande banque devient le sort de toute l’économie du pays.


Prêtes à tomber ET trop grosses pour tomber : où va-t-on ?

Les banques sont-elles plus responsables et prudentes parce qu’elles sont devenues trop grosses ? Non. C’est l’inverse.

Leur comportement est tout-à-fait suicidaire pour les citoyens de ce pays.

Tant que les règles ne les en empêchent pas, elles ont pris et continuent de prendre tous les risques possibles. Elles agissent comme n’importe quelle entreprise qui cherche à maximiser ses marges pour ses actionnaires.

Les marges des 4 plus grandes banques (BNP, Société Générale, Credit Agricole, Natixis) atteignent 98 milliards d’euros en 2019, avec des profits avant impôts à 25 milliards !

Et tenez-vous bien : en 2017, la rentabilité moyenne par employé – sachant que le secteur paye ses salariés le double du marché de l’emploi – était de plus de 81’000€.

Le montant des dividendes 2019 de Natixis atteignait 37% de la valeur de l’action (sur une année!), 16% pour Société Générale !

Certains espéraient une remise en question profonde du secteur bancaire. En France, il s’agit simplement d’une grande fuite en avant. Les banquiers vivent toujours dans un palais doré, et font profiter du luxe ceux qui sont encore là.

Au niveau mondial, les banquiers français sont devenus les chantres du profit à tout prix.

Les Américains n’hésitent plus à critiquer les “spéculateurs” français pour leurs excès de capitalisme exacerbé ! C’est le monde à l’envers…

Une raison importante de ces excès vient d’une particularité française : le lien très étroit de nos grandes banques avec le pouvoir.

Avec un choix déterminant qui remonte à 1973.

Vous savez qu’Emmanuel Macron vient de la banque Rothschild, mais un autre ex-Rothschild a changé la donne en faveur des banques. Il s’agit de George Pompidou, dont les réformes lors de sa présidence ont lancé le financement de la dette française par… les banques privées.

Auparavant la dette était financée uniquement par la Banque de France.

Du jour au lendemain, la France est devenue débitrice de ses grandes banques.

Rien de grave au départ, quelques milliards. Puis les chocs pétroliers sont passés par là. La dette a grossi, grossi encore. Pour atteindre un niveau incroyable aujourd’hui, à plus de 100% du PIB.

La France est aujourd’hui surrendettée… auprès de ses grandes banques. Le pouvoir a carrément changé de côté !

Pour fonctionner et survivre, Bercy doit faire les yeux doux et espérer que les grandes banques françaises acceptent de remettre au pot.

Une position anormale et plus que confortable.

Soutenues dans tous les cas par Paris, nos banques peuvent prendre tous les risques sans regarder devant. Et ne croyez pas qu’Emmanuel Macron, pur produit du cru et qui a un agenda politique bien rempli, s’occupera de remettre les banques dans le droit chemin !

Quant-aux grands médias qui défendent bien des intérêts mais pas le vôtre, ils ne prennent même pas 5 minutes pour vous en parler.

Rassurez-vous, ceux qui ont des intérêts dans l’histoire ne sont pas dupes :

Les banques françaises crucifiées par le marché

Les dirigeants des banques françaises ont les mains libres pour remplir leurs poches. Mais le marché voit bien la gestion dangereuse et le copinage en haut-lieu.

Si vous êtes actionnaire d’une grande banque, vous êtes bien au courant de la chute inexorable des cours depuis des années.

Mais il y a un rapport que je trouve encore plus marquant :

Prenez d’un côté les fonds propres des grandes banques, de l’autre leur capitalisation boursière.

A priori la valeur des fonds propres d’une banque est admise comme la valeur plancher pour la valeur totale des actions. Regardez la situation embarrassante dans laquelle nous nous trouvons désormais…

Situation incroyable

Difficile de comparer exactement des banques comme BNP et Société Générale, plus risquées et spéculatives, et les banques mutualistes comme Credit Agricole et Natixis.

Mais vous voyez bien cet écart incroyable ! La confiance est partie depuis bien longtemps. Le marché voit que malgré leur position avantageuse, les banques sont devenues irresponsables en termes de risques, prêtes à tomber dès demain.

Les agences de notation donnent le coup de semonce

Dernières à se rendre compte du désastre annoncé : les agences de notation. Le 26 mars 2020, l’agence de notation Moody’s a enfin mis “sous surveillance négative” le secteur bancaire français.

Les autres agences suivront.

C’est fou mais si l’on regarde en arrière, que ce soit en 2008 ou avec la Grèce, quand les agences de notation réagissent c’est qu’il est déjà trop tard.

Elles viennent officialiser un état déjà dégradé, et pas du tout prévenir des risques.

Et si vous voulez une dernière preuve…

Prenez le REPO, un indice de professionnels qui indique le taux de prêt court-terme entre banques. Il a très fortement augmenté.

C’est à dire que même les banques ne se font plus confiance entre elles !

Elles se demandent de fortes garanties avant de se prêter de l’argent très court-terme, et préfèrent passer par la banque centrale.

Evolution du taux d'emprunt interbancaire

Face à ces constats très négatifs, il est important de se positionner. Et pour être honnête en mettant à jour mes recherches sur les banques français, j’ai eu deux émotions très différentes :

  • D’un côté je suis heureux de lever le nez du guidon pour comprendre enfin avec une vision haute ce qui n’était qu’un ressenti : les mauvaises pratiques des banques sont toujours là.
  • Et d’un autre côté ça m’a soulevé un vrai stress financier. Ai-je ce qu’il faut pour survivre à ce risque bancaire ? Y a-t-il des options rapides à disposition ?

Vaste sujet ! Je vous transmets les premiers réflexes à avoir.

Que faire avec vos comptes ?

OUI, il y a beaucoup d’options pour diversifier son risque, et ne pas dépendre intégralement des grandes banques françaises pour votre épargne.

Je rappelle que même si elles vont trop loin en ce moment et que le système est très mal organisé, nous avons tous besoin des banques. Il est donc normal d’y laisser une partie de ses économies pour les dépenses quotidiennes.

Mais pas besoin non plus d’y laisser des dizaines de milliers d’euros.

Ne comptez pas non plus sur la garantie de 100’000 € en cas de défaillance de la banque : cette garantie n’a pas été prévue en cas de faillite de grande banque. Ainsi, à fin 2016 le Fonds de Garantie des Dépôts et Résolutions [4] avait prévu pour cela 3,5 Mds € en réserve, soit… 82 € par personne active.

Pour sécuriser votre épargne, investissez plutôt votre épargne dans des choses qui sont à vous, et pas aux banques ni à un prestataire financier.

Des titres détenus en direct sont à vous, comme les actions. Vous détenez une part d’entreprise réelle, en votre nom.

L’or ou les métaux sont à vous – pas les titres proposés par les banques “qui vous donnent droit à…”

L’immobilier est à vous – même si dans l’absolu l’Etat peut changer vos droits à tout moment ou même vous exproprier.

Ceci pour ne citer que les plus basiques, qui ont chacun des avantages différents…


SOURCES :
[1] Explication du ratio de levier (Bâle III)
[2] https://www.letemps.ch/economie/dix-ans-apres-lecons-crise
[3] https://finance.sia-partners.com/20180910/20-chiffres-retenir-sur-les-banques-francaises-en-2017
[4] Fonds de Garantie des Dépôts et Résolutions
Rapport Banque de France
https://fr.statista.com/statistiques/1002013/classement-banques-france-capitalisation-boursiere/
https://or.fr/actualites/banques-francaises-sont-nettement-plus-dangereuses-que-banques-americaines-1245

Sources

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